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Fondé en 1987 par le luthiste Konrad Junghänel, Cantus Cölln figure aujourd’hui au rang des meilleures formations de musique ancienne. Composé de solides musiciens, instrumentistes et chanteurs, dont chacun mène une brillante carrière individuelle (Kiehr, Scholl, Tubéry ...), l’ensemble ne fait pourtant pas entendre une juxtaposition de solistes virtuoses mais bien plutôt une seule voix où chaque artiste conserve son individualité, tour de force musical de cohésion et d’homogénéité.
Sony Music a eu l’excellente idée de réunir en dix CD leurs plus belles réalisations de ces dernières années. Au menu de ce plantureux festin quelques tubes baroques qu’on ne présente plus : Monteverdi est à l’honneur avec les madrigaux amoureux issus des derniers livres, ainsi que les Vêpres de la Vierge. Mais l’anthologie inclut également les compositions de quelques maîtres moins connus. Ainsi un CD entier est consacré aux cantors de Saint Thomas, précurseurs de Bach à Leipzig. Au 17ème siècle, en Allemagne, le geistliches Konzert, ou concert spirituel, est alors à son apogée. Forme sacrée courte, privilégiant la monodie qui préfigure cantate et motet, elle est brillamment illustrée par des compositeurs tels que Johann Schelle, Sebastian Knüpfer, Johann Kuhnau.
Musique sacrée encore et toujours, puisque Cantus Cölln y excelle, les superbes et austères motets de Johann Pachelbel et quelques Bach : Johann Michael (le beau-père), et Johann Christoph (un oncle). Un peu plus ancien (16ème siècle) mais d’une modernité surprenante, voire dérangeante - certaines progressions chromatiques audacieuses évoquent davantage le 20ème siècle que la Renaissance - les Prophetiae Sibyllarum de Roland de Lassus, l’un des maîtres de l’école Franco-Flamande. De ce même génie qui eut plusieurs styles et plusieurs noms (AKA Orlando di Lasso) voici des oeuvres profanes d’une autre veine : madrigaux italiens sur des textes de Pétrarque et chansons françaises sur des poèmes de Ronsard et du Bellay. D’autres encore, qu’on ne citera pas tous : Rosenmüller, Lechner, compositeurs réputés de second plan, que l’ensemble a voulu et su, avec tout son talent, mettre en lumière.
Vous aimez la musique ancienne ? Voilà une bien belle somme en somme (sans parler du prix de vente imbattable, si, séduit à l’écoute, vous décidiez de vous l’offrir ...)