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1300 ans de Nara
13/07/2010

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Carte du Japon (Nara)

Nara, ville japonaise, capitale de la préfecture du même nom, est située dans la région du Kansaï, proche de Kyôto. En cette année 2010, cette ville fête ces 1300 ans d’existence. Pendant le VIIIe siècle, Nara fut appelée Heïjô-kyô et fut la capitale du Japon depuis sa fondation en 710 jusqu’en 784 : on parle alors de l’époque de Nara. Elle représente la première capitale fixe du Japon. Avant le VIIIe siècle, le shintoïsme avait une grande influence, et l’on respectait le concept que la mort constituait l’impureté la plus grave. Ainsi, à la mort du souverain, la capitale était détruite pour être reconstruite ailleurs. Cependant, le pouvoir comprit qu’il fallait créer un centre plus durable pour le gouvernement et l’administration du Japon.


L’Epoque de Nara

L’époque de Nara est l’une des 14 subdivisions traditionnelles de l’Histoire du Japon. Elle correspond à l’époque antique qui s’étend de 710 à 784, avec l’installation de la capitale par l’impératrice Gemmeï à Heïjô-kyô (actuelle Nara). Durant cette période, les Japonais intègrent et transforment les apports de la civilisation chinoise en développant un système administratif, une écriture, une religion et des arts spécifiques.

La capitale Heïjô-kyô

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Carte du Japon

(GIF, 178 ko)

Heïjô-kyô fut choisie pour sa situation géographique : elle était située au croisement des routes principales reliant l’Est et l’Ouest, ainsi que sur un axe Nord-Sud conduisant à la mer du Japon située entre le Japon et la Corée.
Elle fut construite en deux ans. Elle s’étendait sur un rectangle de 4,3 sur 4,8 km. De larges avenues partageaient la ville en plusieurs zones avec une grande avenue principale large de 70 mètres, nommée l’avenue Suzaku, qui coupait la ville en deux et menait tout droit aux palais impériaux.
Construite sur le modèle chinois, la ville abrita rapidement plusieurs monastères bouddhiques. À droite et à gauche des palais impériaux, devaient figurer deux temples bouddhiques de grandes dimensions : le Tôdaï-ji (Grand temple du Levant) et le Saïdaï-ji (Grand temple du Couchant). On ne construisit en fait que le Tôdaï-ji qui existe encore aujourd’hui au milieu du Parc de Nara. Heïjô-kyô devra son développement, non à son centre marchand, mais à la centralisation des activités administratives.

Les faits importants

Suite à la réforme Taïka de l’an 645 portant sur la centralisation du pouvoir, la ville de Heïjô-kyô devint le siège du gouvernement et le centre d’un nouveau système basé sur des codes : le système du ritsu-ryô. Il regroupait des dispositions pénales et des institutions administratives.

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Impératrice Gemmeï

Pour accentuer cette centralisation du pouvoir, l’impératrice Gemmeï a également mis en place la première monnaie du Japon.
Elle continua également l’œuvre de son père, l’empereur Temmu, en finissant la mise à l’écrit de l’histoire du Japon. En 712 fut présenté au trône le Kojiri (Chronique des choses anciennes). Le Kojiri mêle mythologie et histoire : il commence par la création du Ciel et de la Terre, les origines des îles japonaises et des Kami (dieux du Japon) ; puis il continue sur l’origine divine de la famille impériale japonaise ; et il finit par la période historique. Il est complété en 713 par la rédaction des fudoki (Chroniques des régions). En 720 fut terminé le Nihon Shoki (Chroniques du Japon) : pendant longtemps ce texte fut considéré comme la première véritable Histoire du Japon. Ces ouvrages permirent d’augmenter le prestige du Japon face aux puissants royaumes coréen et chinois.
L’autre écrit important de l’époque de Nara fut réunis en 759 : c’est le Man’yôshû (Recueil des dix milles feuilles). C’est une compilation d’environ 4500 poèmes lyriques portant surtout sur l’amour et la nature. Il témoigne d’une tradition poétique déjà très sophistiquée et codifiée.
L’époque de Nara est également marquée par le développement du bouddhisme, soutenu par l’empereur Shômu (empereur de 724 à 749). En 741, l’empereur fonda un réseau national de temples d’Etat : les kokubun-ji. C’est également le gouvernement qui se chargeait de nommer les moines, et qui mit en place le sôni-ryo : le code régissant la vie monastique. Le bouddhisme de cette époque est exprimé par le Nihon ryôiki, écrit par le moine Kyôkaï : c’est un recueil d’anecdotes moralisatrices mettant en avant la conception de la chaîne de causalité (inga).

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Empereur Kammu

Après la mort de l’empereur, sa fille, l’impératrice Kôken, lui succéda. Elle fut fortement influencée par le moine bouddhiste Dôkyô, qui faillit usurper le trône à la mort de l’impératrice. C’est pourquoi, afin de soustraire la pouvoir impérial à l’influence des moines bouddhistes, l’empereur Kammu décida de quitter Heïjô-kyô pour Nagaoka (actuelle Yamashiro) en 784, mettant ainsi fin à l’époque de Nara.


Sources :

Site de la préfecture de Nara
Article Wikipédia sur Nara
Article Wikipédia sur l’époque de Nara
 Histoire du Japon : entre Chine et pacifique, de Danielle Eliseeff, Editions du Rocher, 2001
 Les Japonais : histoire d’un peuple, de Robert Calvet, Editions Armand Colin, 2003
 Histoire du Japon : des origines aux débuts du Japon moderne, de George Samson, Editions Fayard, 1988


Le Bouddhisme

Le bouddhisme est, selon les points de vue, une philosophie, une spiritualité ou une religion fondée par Siddharta Gautama en Inde au Ve siècle av. J.-C. Il présente un ensemble ramifié de pratiques méditatives, de pratiques éthiques, de théories psychologiques, philosophiques et cosmogoniques, abordées dans la perspective de la libération de l’insatisfaction et du plein épanouissement du potentiel humain.

Les différentes sectes bouddhistes pendant l’époque de Nara

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Moine bouddhiste japonais

Le bouddhisme au Japon (bukkyô) a été importé de Chine et de Corée à partir des Ve et VIe siècle. Il est donc fortement influencé par les bouddhismes chinois et coréen, mais aussi par le shintoïsme, principale religion au Japon née plusieurs siècles auparavant.
L’époque de Nara est marquée par la naissance de six sectes d’origines chinoises appelées Nanto roku shû (Six écoles de la capitale du Sud). Ces sectes sont assez tolérantes les unes envers les autres, et se fondent chacune sur l’étude de textes particuliers auxquels elles donnent la prédominance :

-  Hossô : propagée en 654 par le moine Dôshô, cette secte étudie « les caractères phénoménaux ». Elle porte sur la « conscience pure ». L’école Hossô domine les autres écoles au début de l’époque de Nara.

-  Jôjitsu : elle prêche « l’accomplissement de la réalité ». Elle estime que tout ce qui compose le monde mental et matériel ne peut être considéré comme ayant une existence réelle.

-  Kegon : c’est « l’école de la guirlande fleurie » qui doit son nom au sûtra Avatamsaka sur lequel se base son enseignement de la quête spirituelle. Elle fut implantée en 736, et elle chercha à unifier les autres écoles afin d’en prendre le contrôle. Cette opération fut facilitée par la confiance que lui accorde le pouvoir à la fin de l’époque de Nara.

-  Kusha : elle étudie le « Trésor des analyses de la loi bouddhique ». C’est un sûtra où est inscrite la thèse de la décadence de la loi (mappô).

-  Ritsu : fondée par le moine chinois Ganjin en 753, c’est « l’école de la discipline ». Cette secte se fonde sur un ensemble très strict de règles disciplinaires régissant la communauté monastique.

-  Sanron : c’est l’école des « Trois traités ». Elle se base sur trois sûtras fondamentaux diffusant l’idée de surpasser l’idée de l’éternité d’une existence absolue, et le nihilisme de la non-existence.
Seules les écoles Hossô, Kegon et Ritsu subsistent de nos jours au Japon.

Le patrimoine architectural

Suite à l’importance du bouddhisme durant l’époque de Nara, la ville dispose encore de nombreux temples bouddhiques :

-  Tôdaï-ji : ce temple est le symbole de Nara et le plus ambitieux complexe religieux érigé pendant les premiers siècles de culte bouddhiste au Japon. C’est également le bâtiment en bois le plus grand du monde. Il abrite le Daibutsu : une statue de Bouddha en bronze haute de 18 mètres, réalisée entre 746 et 752 sous l’ordre de l’empereur Shômu. Il fut brûlé deux fois, en 1180 et en 1567. Le bâtiment actuel du Grand Bouddha fut reconstruit en 1709.

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Temple Tôdaï-ji

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-  Kôfuku-ji : ce temple fut transféré d’Asuka jusqu’à Nara en 710. Il fut dédié à la secte Hossô. Il appartenait à la famille Fujiwara, une famille aristocratique très puissante à l’époque de Nara. Dans son enceinte, se trouve le kokuhôkan (Musée des Trésors Nationaux) qui fut construit en 1959 pour abriter les statues, tableaux, livres et documents historiques qui ont été désignés comme « Trésor National » ou qui sont considérés comme « Importante Propriété Culturelle ». Son but est de permettre au public de mieux comprendre le bouddhisme et de pouvoir apprécier les artéfacts bouddhiques culturels.

-  Gangô-ji : ce temple fut déplacé à Nara en 718 après que celle-ci fut devenue la capitale du Japon. Après l’époque de Nara, il perdit de sa puissance politique mais continua d’attirer le peuple.

-  Yakushi-ji : l’origine de ce temple remonte à 680 quand l’empereur Temmu l’édifia pour la guérison de son épouse. Il fut transféré à Nara en 718. Seule la pagode d’Est est d’origine. La pagode d’Ouest fut reconstruite en 1982.

-  Tôshôdaï-ji : ce temple a été fondé par le moine chinois Ganjin en l’an 759. Il fut dédié à la secte bouddhiste Ritsu.


Sources :

Article Wikipédia sur l’histoire du bouddhisme
Article Wikipédia sur le bouddhisme au Japon
Site touristique de Nara
 Religions, croyances et traditions populaires au Japon, sous la dir. de Hartmut O. Rotermund ; avec la collab. de Jean-Pierre Berthon, Laurence Caillet, Dennis Gira..., 2000

Conclusion

De 710 à 784, la ville de Nara devint la première capitale fixe du Japon, et un centre administratif, artistique et bouddhiste. De part cette importance, la ville a gardé un grand nombre de monuments historiques dont certains sont inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1998, parmi lesquels des temples bouddhiques et shintoïstes.
La ville continue traditionnellement d’organiser des fêtes tout au long de l’année. Beaucoup auront lieu cette année 2010 pour célébrer comme il se doit les 1300 ans de la ville de Nara !
Après avoir festoyé, pourquoi ne pas aller vous reposer dans le Parc de Nara, créé en 1880 (déjà 130 ans d’existence), qui s’étend sur une forêt naturelle de 660 hectares. Vous pourrez y croisez de nombreux daims shika en liberté et apprivoisés. Attention, ils sont particulièrement voraces !

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Daims shika



En savoir plus :

 Dictionnaire historique du Japon, publié par la Maison franco-japonaise de Tokyo, 2002
 La civilisation japonaise,de Danielle Elisseeff et Vadime Elisseeff, Editions Arthaud, 1974
 Histoire du Japon : des origines à nos jours, sous la direction de Francine Hérail ; avec les contributions de Guillaume Carré, Jean Esmein, François Macé..., 2010
 Japon hier et aujourd’hui, de Louis Frédéric, 1986
 Histoire du Japon : des origines à Meiji, de Michel Vié, 2009
 Écrits sur le bouddhisme japonais, de Lafcadio Hearn, 1993
 Dictionnaire du bouddhisme, d’Encyclopaedia universalis, 1999
 Petite histoire du bouddhisme, de Jean-Noël Robert, 2008
 Nara, trésors bouddhiques du Japon ancien : le temple du Kōfukuji, Exposition, Galeries nationales du Grand Palais, Paris, 20 septembre-9 décembre 1996, organisée par la Réunion des musées nationaux et le Musée national des arts asiatiques-Guimet], 1996
 POEMES D’AMOUR DU MANYO-SHU, 1975
 Chants d’amour du Man.yô-shû, présentés et traduit du japonais par René Sieffert, 1993



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