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On ne va peut-être pas attendre le prochain remaniement ministériel ou les feux de forêt à Brocéliande pour parler ici et maintenant du plus grand film de l’année 1978, je veux dire le plus grand film qui clôture les grandioses années 70, le plus grand film qui fait oublier que le cinéma n’est pas qu’une entreprise commerciale, diligentée par des compagnies en costumes trois-pièces Vuitton, qui mangent frais en écoutant le dernier Lady Gaga. Non, je vous parle ici du cinéma comme d’une aventure artistique avec un cinéaste exigeant, amoureux de la beauté, amoureux de la Nature, amoureux des hommes et des femmes dans ce qu’ils ont aussi de moins reluisant, de plus moche, des êtres humains en somme.
Terence Malick n’est pas la marque de votre polo.
Richard Gere n’est pas le représentant en téléphonie qui vous appelle tous les samedis matins pour vous vendre son dernier I-Pod boiteux.
Nestor Almendros n’est pas l’amant de votre femme ou le père de vos enfants (sinon renseignez-vous).
Bert Schneider n’est pas commis de cuisine chez Charreton et fils dans l’Allier.
Non. Bert produit, Richard joue, Nestor cadre et Terence met en scène. Mystères de la cinétique, ils ont accouché à eux quatre d’un mammouth cinématographique capable de traverser l’Atlantique sur les deux pattes arrières.
Son titre ? Les moissons du ciel.
Si Dieu a crée le genou, ce n’est pas pour l’arthrose. C’est pour la génuflexion. Tous les spectateurs qui ont vu Les moissons du Ciel se sont agenouillés un jour ou l’autre devant ce film comme on s’agenouille devant un risotto aux cèpes ou une icône de la Vierge (ce qui revient au même).
Une histoire ? Vous voulez connaître l’histoire ? Mais voyons, l’histoire est le dernier de mes soucis. Si vous voulez une bonne histoire, lisez Stephen Wright ou la page Pneus dans Auto-Moto.
Vous insistez, très bien : en 1916, Bill, ouvrier dans une fonderie, quitte Chicago avec sa petite amie Abby et sa soeur Linda pour faire les moissons au Texas. Bill pousse Abby à céder aux avances d’un riche fermier, qu’ils savent atteint d’une maladie incurable. Mais Abby finit par tomber amoureuse du fermier, ce qui déroute un peu les plans de Bill.
Il y a des vérités qui sont cruelles à dire : le film a été un gros four commercial. Thermostat 8.
La beauté a toujours eu ses contradicteurs, c’est comme ça.
Film peu bavard, mis en scène comme un immense tableau animé, avec ses champs de blé, ses ciels changeants, ses hommes et ses femmes au travail, on est loin du cinéma américain d’alors avec ses scénarii bétons, ses prouesses d’acteurs et ses jérémiades hollywoodiennes.
Il faut voir Les moissons du Cielau cinéma (ça tombe bien, il ressort en salles). Et il faut le revoir en DVD, chez soi, entre chien et loup, à l’aube ou au crépuscule, quand la lumière est la plus belle, magique et mystérieuse, en hommage à ce film d’une beauté plastique sidérante.
Ce qu’ils en pensent :
Les Moissons du Ciel, c’est ma vérité, ma croix, mon chemin de pénitence. J’ai mal à ce film.
Isabelle Adjani, actrice christique
Je ne l’ai toujours pas vu mais je l’aime déjà.
Jean-François Copé, chef de clan (tu tournes, c’est à droite)
Je vendrais père et mère pour voir ce film.
Jérôme Kerviel, ex- trader net d’impôt
J’ai pas tout compris. C’est un film ?
Garou, chanteur complexé
J’aime bien les plans avec les sauterelles et pis la lumière du soleil c’est ouah.
Marie Darrieussecq, tisseuse de mots
Terence Malick ? Je le vire.
Raymond Domenech, cinéphile du crampon