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 Coffret Douglas Sirk : Partie 3
Douglas Sirk
(Carlotta)

1/02/2010 Illustration du document présenté

Coffret Douglas Sirk
Douglas Sirk, de son vrai nom germanique Hans Detlef Sierck, est cinéaste à temps complet depuis 1934. Il tourne d’abord pour la UFA des films en langue allemande avec des actrices éclatantes et des hommes charismatiques.
C’est l’époque où la culture se fait appeler Miss Propaganda et où Joseph Goebbels traîne sa patte folle dans les images d’actualité. Goebbels voudrait bien compter Sirk parmi les artistes de sa petite cinémathèque idéale et quand Joseph veut quelque chose, ça fait un sacré boucan (mais bon, après les accords de Munich, ça ne dérangera plus vraiment les voisins).
Sirk est un aristocrate à sa façon. Dire oui à Goeb’ l’éclair, ça serait comme souiller son art et vendre son âme à qui vous savez.
Gentleman raisonné, Sirk décline l’invitation et fuit l’Allemagne vers 1937. La version nazie ne se fait pas attendre : “le traître Sirk coïte avec toute la vermine hollywoodienne”. Cela donnera : Écrit sur du vent, La Ronde de l’aube, Le Mirage de la vie ou ce chef d’œuvre sur celluloïd, Le temps de vivre et le temps de mourir. On a connu ébats moins inspirés du côté de la Cité des Anges.
Passons.
Et revenons à nos moutons de Bavière. Années 30. Sirk se défend d’avoir tourné des films de commande. Normal. Sirk est un artiste avec ses lubies, ses marottes, ses thèmes de prédilection.
Très vite, l’amour et ses petites contrariétés vont devenir le cœur de sa filmographie. Petites contrariétés, c’est vite dit. Avec Douglas, c’est la démesure qui l’emporte. Un “Je t’aime” susurré à l’oreille et c’est une déflagration des sens qui vient emporter les personnages dans leurs douloureuses passions.
Mélodrame, oui bien sûr.
D’après Robert derrière son zinc, le mélodrame c’est un "drame populaire dont, à l’origine, un accompagnement musical soulignait certains passages et que caractérisent l’invraisemblance de l’intrigue et des situations, l’outrance des caractères et du ton". Bien vu Robert, mais invraisemblance, t’y vas un peu fort. Le réel nourrit la fiction, jamais l’inverse. Sûr que Sirk en est convaincu. Prenez Parammata, bagne de femmes (1937) avec Zarah Leander et Willy Birgel. Un titre comme on n’en fait plus. Une actrice baryton tout droit débarquée de Suède, un acteur bien mignon en cours de nazification, le tout est une histoire qui commence à Londres avec une VO allemande, et qui est truffée de séquences chantées rappellant le numéro de folles Brecht-Weill.
Vous avez dit nanar ? Vous vous trompez. Jaquette marketing, à toi : "Scabreuse et allusive, la chanteuse Gloria Vane fait scandale au théâtre Adelphi. Son amant, Albert Finsbury, est nommé capitaine aux colonies et doit partir en Australie, promettant à Gloria de revenir la chercher dans un an. Criblé de dettes, il falsifie un chèque avant son départ. Lorsque la supercherie éclate, Gloria s’accuse à sa place. Le tribunal, qui s’oriente en procès moral, la condamne à 7 ans de bagne. Elle est envoyée à Paramatta, l’atroce prison pour femmes de Sydney, emprisonnée à quelques mètres de l’endroit où vit son amant... "
Relisez cette dernière phrase, c’est le mot de passe le plus long de l’histoire du mélodrame au cinéma.
Bien sûr, il y a des scènes impossibles, des femmes vénales, des diplomates indignes, des morts atroces sans aide respiratoire, des chansons noyées dans la mélancolie du retour improbable de l’être aimé.
Oui, d’accord. Mais tout ça dans une mise en scène ultra-soignée, qui passe de la comédie au mélodrame, sans sourciller. Oui, et tout ça en 98 minutes.
Juste le temps de vous refaire une santé. Eh oui, faites le compte vous-même : vous avez passé la journée à répondre à 45 mails bidons, votre facture électronique EDF vous annonce 250 euros de chauffage et le médecin de la baby-sitter vient de lui diagnostiquer 1 tendinite au genou et 30 jours d’arrêt. Résultat des courses : qui garde la petite ?
Allez. Du calme. Détendez-vous.
Vous reprendrez bien un peu de dessirk ?
Servez-vous, tout est dans le coffret....


Douglas (vous permettez que je vous appelle Douglas ?) Vous avez dit un jour (à l’époque, on disait "dans une émission" » mais maintenant on marmonne « dans un bonus ») que vous filmiez les visages comme des paysages et les paysages comme des visages.
C’est beau.
Rohmer aimait aussi les paysages.
Peut-être de façon plus facétieuse.
Dans L’arbre, le maire, la médiathèque, Rohmer fait dire à Luchini qu’il faut considérer certains paysages comme des œuvres d’art à part entière.
Je crois que cette idée vous aurait plu, Douglas.
Eh Douglas, vous connaissiez Rohmer ?





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